“Bah ouais, votre grossesse s’est arrêtée il y a quinze jours, Madame!”, c’est l’uppercut violent qui te plonge dans un état second…

“Bah ouais, votre grossesse s’est arrêtée il y a quinze jours, Madame!”, c’est l’uppercut violent qui te plonge dans un état second…

“Bah ouais, votre grossesse s’est arrêtée il y a quinze jours, Madame!”, c’est l’uppercut violent qui te plonge dans un état second… 1920 550 IRASF - Institut de Recherche et d’Actions pour la Santé des Femmes

“Bah ouais, votre grossesse s’est arrêtée il y a quinze jours, Madame!”, c’est l’uppercut violent qui te plonge dans un état second, les oreilles qui bourdonnent, le corps qui bouillonne ; le moment où comme le dit Orelsan, ton visage “se décompose et rien n’est plus jamais pareil” .

“Bah ouais , votre grossesse s’est arrêtée il y a quinze jours, Madame!”, c’est comme cela que la gynécologue aux urgences maternité m’a annoncé que je venais de perdre mon enfant.

C’est tellement banal pour un urgentiste d’annoncer à une femme enceinte que sa grossesse s’est arrêtée à deux mois et demi. Le poids des mots. Toujours.

Cette phrase, c’est le début, ou bien la continuité d’une maltraitance psychologique au cours de ma deuxième grossesse. Je me répète sans cesse que j’ai de la chance d’avoir  un enfant en pleine forme, résultant d’une première grossesse exemplaire, car commencer sa vie de parents par une gynécologue un peu fatiguée, pas du tout empathique qui te jette au visage ta fausse couche, entre deux portes, entre deux rendez-vous, tout en retirant sa blouse pour aller déjeuner.

Cela m’a fait penser à la chanson de JJ Goldman “Juste Après”, qu’est-ce que fait une sage femme juste après avoir tenté de réanimer un nouveau né au Zaïre, bien en France, une gynécologue parle du restaurant où elle va aller déjeuner avec sa secrétaire juste après avoir annoncé à une femme que son ventre est un cercueil depuis quinze jours alors que sa carte vitale n’est pas encore sortie du terminal.

La fausse couche est un évènement malheureusement très commun dans la vie des femmes, je peux comprendre que le corps médical n’en fasse pas une histoire et continue sa vie, il y a tellement plus grave dans leur travail mais bordel, il y a des comportements que la décence devrait empêcher d’être. Parce que pour cette femme, la vie ne s’arrête pas, ses enfants sont adolescents et je ne suis qu’une énième porteuse de mort, une de plus, et qui se pointe à l’heure du déjeuner ! Ma fausse couche, c’est la mienne, j’ai compris dès cette phrase que ma rémission, mon deuil, je ne le devrais qu’à moi et que j’allais devoir trouver seule la force physique de subvenir à mes inquiétudes médicales.

Trois semaine aujourd’hui que ma vie a changé, trois semaines que cette phrase a été jetée, et je suis toujours en colère. Il y a trois semaines, j’étais enceinte de deux mois et demi.

Je me réveille le matin avec un mauvais pressentiment, je venais de rêver que je perdais un jaune d’oeuf en allant aux toilettes. Effectivement, je perds un peu de sang. Je ne panique pas, cela peut arriver. Mais la douleur arrive. Je me rends aux urgences maternité. Arrivée, la secrétaire médicale râle un peu que je soit passée directement par les urgences maternité et non généralistes… Nous sommes quatre femmes à attendre. La gynécologue est partie procéder à un accouchement. Le retard est indéterminé. Je suis déjà étonnée que la gynécologue soit seule mais je vis dans un presque “désert médical”. La secrétaire fini par annuler deux des  trois rendez vous. Elle demande à une dame de rentrer chez elle malgré son infection et le fait qu’elle ai 1h de route pour venir. Le second rendez-vous c’est une dame qui devait poser son stérilet. La secrétaire lui dit “La gynécologue va prendre uniquement la dame qui fait son échographie et la dame qui perd du sang, vous avec votre stérilet vous n’êtes pas prioritaire! ”. Nous rions avec la dame en question en disant “ce sera considéré comme une urgence si vous revenez dans un mois pour un IVG ?”.

Elle a soufflé puis m’a dit “bon vous voulez appeler votre famille peut être ?”

Quand vient mon tour, elle me fait une échographie directement. J’avais compris avant sa phrase ce qui a doublé la violence de sa sentence. J’ai fondu en larmes. Elle a soufflé puis m’a dit “bon vous voulez appeler votre famille peut être ?” . Je lui ai dit que non. Je voulais savoir de suite quelle était la procédure à suivre. Je me suis mise en mode automatique. Nous avons eu une conversation purement technique sur la suite des événements. Puis à midi pile, elle me raccompagne au secrétariat. Elle attend que sa secrétaire Jocelyne* raccroche son téléphone. Jocelyne penche sa tête sur l’échographie imprimée. Elle me fixe en train de retenir mes larmes. Je suis debout dans son putain de secrétariat, le monde ne tourne plus autour de moi, je ne fais que me maudire d’avoir dévoilé ma grossesse… il y a deux putains de semaines. Il y a des patients qui attendent à côté. J’ai honte. J’ai perdu mon bébé. Je veux juste rentrer chez moi. Elle raccroche et elle me dit “oh je suis désolée”. La gynécologue lui dit qu’il faut prévoir un curetage le mardi suivant. Cinq jours après. Même jour, même heure que mon échographie de fin de trimestre. Jocelyne farfouille son ordinateur, prend ma carte vitale. La gynécologue lui dit “j’ai faim, on va manger où? J’ai plus personne à voir là hein ?”. Jocelyne me regarde. Je fixe le vide et elle me dit “Madame ? Madame ? Ça fera 40€ s’il vous plaît.”

Je ne suis plus là. Elle m’a satellisée . Elles m’ont satellisée. Jocelyne me demande de revenir le lendemain, à 13h30, qu’on “fera tout à ce moment là” et puis dans la foulée, je verrais l’anesthésiste. Je repars brisée.

Le plus dur dans une fausse couche, c’est de prévenir les proches. Ceux qui sont au courant du secret. Mais je vis dans un petit département. Ici, tout se sait rapidement et puis j’avais avoué il  y a quinze jours. C’est vertigineux quand tu dois penser à qui tu dois prévenir pour éviter que quelqu’un remue la plaie naïvement quelques mois plus tard.

Le lendemain, j’arrive à 13h pour mon rendez-vous. J’attends jusqu’à 14h. Personne. J’appelle le standard, Jocelyne me répond et me dit que oui, elle est là mais elle est en maternité. Effectivement, en passant une énième fois dans le couloir pour aller aux toilettes en attendant, je la vois assise avec ses collègues. Dans la salle d’attente, je vois un écusson “Centre IVG”, je fais quelques recherches sur mon téléphone. Cette clinique est le seul “centre IVG” du département. 14h15, Docteur Con arrive en claquettes avec sa serviette de plage qui est sanglée nonchalamment sur sa malette de Docteur. Jocelyne me dit d’aller m’asseoir dans le cabinet pendant que Docteur Con cherche une blouse blanche car “faut être un peu professionnel” m’a t’il dit. Son attitude désinvolte me fait sourire et j’envoie un texto à mon mari “sérieux, c’est un sketch ?”

Il rentre dans le cabinet et me dit “oui je vous écoute”, sérieusement ? Ils n’ont pas de dossier patient ? De post-it ? De carnet de liaisons ? Me voilà en train de répéter les détails techniques de façon très factuelle. Je ne suis plus dans mon corps. Il me dit “ah ? Bon bah on va faire une petite écho, la dernière!”. Je n’y tiens pas. Il insiste. “Si si, une dernière, allez”.

Parce qu’il croit quoi ? Que mon foetus recroquevillé hier sur l’image est devenu un bébé énergique de 3kg500? Je me plie à sa volonté, c’est lui le docteur. En me déshabillant devant le miroir, je réalise que mon ventre est rentré. Mon bidou de femme enceinte qui était sorti est rentré en l’espace de 24h. Je suis incapable de savoir que mon bébé était décédé depuis quinze jour mais je peux perdre mon ventre en 24h ?

Il me fait l’échographie, il tourne l’écran vers moi et me fait regarder. Il me dit “oh bah le sac s’est déjà affaissé. Mardi vous dites le curetage? Hmm. Vous tiendrez pas. L’hémorragie se fera avant.” . Il nettoie son instrument et retourne à son bureau. Je me vois, allongée, les pieds dans les étriers, la robe relevée sur les seins. Il ne m’a rien donné pour essuyer le produit de l’échographie. Rien autour de moi. Pauvre femme. Je me fais pitié. Je me lève et ma robe se colle de suite à mon ventre. Je me rassois à son bureau et il me dit “bon je vous fait pas payer la consultation !”. Je dois dire merci ? 3 minutes de rendez vous et une échographie forcée et je vais payer ? Déjà qu’ils font pas le tier payant, qu’on doit se débrouiller avec des feuilles de soin (en 2019 ?). Il me fait un sourire et me dit “ce sera moi mardi qui va vous opérer.”

Je me suis retenue de lui demander s’il ira à la plage avant ou après. C’est en sortant du cabinet que je réalise que j’ai pas posé de question sur ce terme d’hémorragie…

Je suis pressée, Jocelyne m’a donné le rdv avec l’anesthésiste collé avec mon rdv avec le gynécologue. Il était en retard donc je suis en retard. J’ai peur de rater mon rdv avec l’anesthésiste. Je ne sais même pas où est son cabinet.

L’anesthésiste me prend avec 1h30 de retard. Il s’étonne que mon curetage n’ai pas eu lieu ce matin car le bloc avait de la place. Il comprend que je sois en colère de devoir attendre 5 jours avec la douleur physique ET morale. Il répond lui même à mes questions sur l’opération en elle même. Pas sur l’anesthésie. Non, il répond aux questions gynécologiques car en fait, on m’a rien expliqué. Le monde à l’envers. Lucette* sa secrétaire m’a demandé 50€ en liquide en sortant et m’a gratifiée d’une feuille de soin.

Je me demande si mardi ils vont me demander d’avancer l’argent pour le curetage. Combien cela peut coûter un enterrement de foetus ?

On est que vendredi. J’ai mal au ventre. J’ai peur. Je ne sais pas comment ça va se passer. Je ne comprends pas ces histoires d’hémorragie. On me dit de venir aux urgences de suite si je perds beaucoup de sang. C’est quoi beaucoup ? “Une serviette toutes les trente minute” me répond une sage femme libérale au téléphone.

Je me rend compte qu’en fait une fausse couche ce n’est pas un truc qui t’arrive et qui s’arrête de suite. Non, la fausse couche ça peut durer plusieurs jours. Je cherche sur le net. Je ne trouve que des occurrences sur “j’ai fait une fausse couche” pas “je FAIS une fausse couche”.

Je n’ai aucune réponse à mes questions. Aucun repère physique sur la “normalité” de la douleur, de la quantité de sang, et de la durée. Je me sens très seule.

Le samedi, je me fais la remarque qu’on peut continuer sa vie EN FAISANT tranquillement sa fausse couche. Je passe du temps en famille, je m’occupe de mon enfant, etc…

Le dimanche, j’ai mal au ventre toute la journée. Je me sens pas bien. J’appelle SOS Médecin, j’ai besoin de savoir QUAND partir aux urgences. On me passe le docteur de garde. Il me demande mon âge. Je lui répond. Il me dit “ah bah vous n’allez pas paniquer alors” du coup il me conseille de prendre deux aspirines, deux spasfons et un doliprane. Je suis choquée.

Je sais que l’aspirine fait saigner encore plus. Ce docteur vient-il de me donner la recette pour accélérer ma fausse couche ? Dans tous les cas, je suis seule à la maison. Je vais pas jouer aux apprentis chimistes.

Le soir, je suis toujours pas bien. J’ai envie d’aller aux toilettes toutes les cinq minutes. Je sais que quelque chose va se passer. Je le sens. Mon enfant dors enfin, mon mari s’occupe du jardin. Je vais aux toilettes. Je pisse littéralement du sang. Je sais que cela va arriver.

Il va se passer quelque chose. C’est imminent. Mais cela ne rentre pas dans les critères que l’on m’a donné pour me rendre aux urgences. Je retourne aux toilettes, je suis éclaboussée de sang. Quelque chose est tombé. Instinct de survie. Je ne cherche pas à savoir. Je sais déjà ce que c’était. J’ai besoin d’un seau d’eau pour déboucher les toilettes.

Je suis devenue une amazone. Guerrière amoureuse. Je prend soin de bien refermer la porte de la chambre de mon fils. Je tombe en larmes sur ma terrasse et ordonne à mon mari de rester dehors.

Deux heures plus tard, je remplie une serviette toutes les cinq minutes. C’est l’heure de partir.

Nous arrivons aux urgences en pleine nuit. La cours des miracles. J’explique ma situation à l’infirmière de garde à l’accueil entre deux quintes de toux vomitives d’un patient impatient.

Je serais quatrième sur la liste d’attente. Un paquet entier de serviettes hygiéniques plus tard, je passe enfin. Ca y est, ils ont traités les urgences d’avant moi, la jeune fille que ça brûle quand elle urine, celui qui tousse du sang finalement , celle qui s’est foulé la cheville pendant son enterrement de vie de jeune fille et la dame qui avait mal aux dents. Interdiction à mon mari de rentrer avec moi dans le box. Me voilà de nouveau seule, à expliquer ce qui se passe dans mon corps. L’infirmière me dit “je pense que vous l’avez expulsé, ça y est”. C’est pas très délicat mais j’ai le même sentiment qu’elle. Par contre, elle m’explique bien que le gynécologue de garde ne se déplacera pas. Je verrais un généraliste urgentiste. Ce dernier me donne 2 spasfons , et 1 doliprane en me disant de revenir “demain vers 10h” de sa part pour passer une échographie de contrôle.

Je rentre chez moi terrorisée. C’était ça ? L’hémorragie prévue par le Docteur Con ? Est ce qu’on peut mourir d’une fausse couche?

La nuit passe tant bien que mal. Et je ne suis pas au bout de mes peines. En déposant mon fils à l’école, j’ai la présence d’esprit d’appeler Jocelyne, la secrétaire de la maternité. Je lui raconte et elle me dit de ne surtout pas venir à 10h. Elle me donne RDV à midi.

J’arrive pile à l’heure. Docteur Con m’attend déjà. Pas de temps à perdre. Il m’écoute tout en préparant l’échographie. Il m’explique que j’ai pas expulsé le sac. Juste “trois quart de foetus”.

Ok merci, bon appétit. 12h03, la robe qui colle, la feuille de soin pour 35€ de consultation. Je suis dehors. C’est fou ce qu’on peut faire en 3mn. Il m’a même dit “A demain matin, ça va être rapide, ne vous inquiétez pas !”. Je ne suis pas inquiète, non, si peu.

Mon téléphone sonne dans l’après midi. Je dois être à 7h30 à la clinique le lendemain.

Le curetage va donc enfin avoir lieu. Malgré l’horreur de la veille.

Je n’ai plus du tout mal au ventre. Il est plat. J’ai l’impression de ne pas avoir été enceinte et déjà le stress de voir mes projets pour les six prochains mois bouleversés.

Mardi matin arrive. Je pars aux toilettes avant de partir. Une contraction et de nouveau splash et le seau d’eau.

Je me sens libérée. Je me rends au service ambulatoire et demande une échographie avant qu’on m’endors. Docteur Con est appelé. Il me fait l’échographie et me dit “bien. Le reste est parti, sauf le ….. , ça va prendre une minute le curetage.” De nouveau la robe qui colle.

Il  y a une coupe budgétaire ? Plus de sopalin ? C’est quoi son problème à lui ?

Je dois dire au revoir à mon mari. Nous serons trois dans la chambre. Impossible d’avoir un accompagnateur. Dur pour un centre IVG. On m’accompagne dans ma chambre, une femme est allongée sur un lit. L’infirmière nous dit “vous êtes là pour la même chose !”. Sur le coup, je trouve ça “sympa” puis ensuite je trouve ça inconvenant. Je pense aux jeunes filles qui peuvent avoir besoin d’aide et se retrouvent dans un univers si froid, si violent. Je me mets à pleurer dans ma chambre dès que la première patiente pars au bloc.

L’équipe du service ambulatoire est au top, une infirmière me caresse la joue pendant que l’autre installe le cathéter, elles me disent toutes deux être passées par là,  me disent que c’est bientôt fini. Mon carrosse arrive, l’infirmière se présente en m’accompagnant au bloc. Elle me laisse dans le couloir du bloc, l’infirmière de la salle de réveil viens me voir et m’allonge sur un brancard. Elle me fait des blagues. J’entends Docteur Con sortir du bloc en disant “bon c’est fait”, il sifflote un air et chahute deux infirmières de façon très dérangeante. L’anesthésiste arrive et se présente en me disant “je suis là pour vous faire planer”. Je ne rigole pas. Elle me demande si ça va, je lui explique que j’ai peur. Elle m’injecte un petit calmant. Je me permet de dire à l’infirmière de la salle de réveil que Docteur Con est un con. Elle souris. J’entends la patiente se faire réveiller, elle demande à boire. Puis se met à pleurer quand on lui dit que c’est fini. On vient me chercher et on m’aide à passer du brancard à la table. Je suis triste pour la femme d’à côté. Je fais une blague sur mes jambes pas épilées. Puis le vide.

Je me réveille, je demande un brumisateur car je sais que j’ai pas le droit de boire mais je peux pas déglutir. Ce petit coeur d’infirmière de la salle de réveil me donne un chiffon mouillé.

Elle dit que je suis prête à remonter dans ma chambre. Je lui demande l’heure. 09h40.

Je la remercie et je retourne dans mon fauteuil roulant retrouver ma chambre.

La patient d’à côté prend son petit déjeuner. Je me jette sur mon téléphone pour prévenir ma famille que tout va bien. 10h30, le petit déjeuner arrive. Puis plus rien jusqu’à 13h. Je me suis levée plusieurs fois, j’ai pu aller aux toilettes. Je vais “bien”. Ma voisine de chambre a de la visite. Son mari essaie de savoir quand elle pourra partir. Il me ramène de l’eau. Car depuis 10h30 plus personne n’est passé. On sonne plusieurs fois. Une infirmière nous répond qu’on peut pas partir avant d’être auscultée par le gynécologue. Puis on entend “Bon allez salut les filles” et de nouveau le sifflotement. La voix de l’autre là. Je dis à ma voisine “il est parti sans nous voir ? Sérieusement ? J’en peux plus, je me casse.” Quand elle me voit étudier mon cathéter pour l’arracher sans mettre du sang partout, elle appelle de son téléphone, le standard gynécologie. Elle explique. Jocelyne lui répond que Docteur Con est parti prendre son petit déjeuner mais qu’elle va le faire revenir. Une infirmière vient mettre un scotch sur mon cathéter et me faire la morale. Son téléphone sonne et elle dit “je vous vous accompagner toutes les trois ensembles” .

On se prépare toutes les trois. On a nos feuilles de sortie à faire signer.

On suit l’infirmière dans les couloirs et je reconnais la partie maternité…

Une porte s’ouvre sur notre gauche. Une femme en train d’accoucher.

On est en train de passer par les salles d’accouchement, après notre curetage.

A ce moment, je réalise que ce n’est plus de la maladresse mais bien de la maltraitance.

Docteur Con nous reçoit par ordre de passage du matin. Il me fait mon échographie de contrôle, il se veut rassurant. Tout s’est bien passé. Il peut parler pour lui… Il me demande si je veux un arrêt maladie. Je lui demande si c’est préconisé ou si c’est un arrêt de complaisance. Il rigole.

Je lui demande pour les suites du curetage, la reprise des câlins, la baignade, tout. “Restez tranquille jusqu’à vos prochaine règles” Il me dit “ah oui et la prochaine fois, ne prévenez pas votre fils avant le 4e ou 5e mois de grossesse! ” .

Dehors, machinalement, je vais voir Jocelyne et je m’apprête à payer. Mais l’infirmière du service ambulatoire nous attend, on doit repasser par les salles d’accouchements pour aller retrouver nos accompagnants. Je regarde à gauche. Oui, c’est bien un chemin pour aller directement à l’accueil sans passer par les salles d’accouchements. Il n’y a pas la clim certes mais j’aurais préféré.

Je retrouve ma famille et je sais que le pire est passé. Je suis en colère pour tout ce que j’ai subi mais épuisée. Je n’arrive pas à pleurer ni à dormir. Je suis vidée.

Les jours qui ont suivi, j’étais triste pour le deuil de mon bébé, et en colère du traitement que j’ai subi. Et ce qui a été le plus dur c’est qu’avec la fausse couche, on est privée de sa maternité; du jour au lendemain on passe de future mère à rien, mais aussi privée de ma féminité. Pas de rapports pendant 1 mois et pas de baignade.

Je suis horrifiée à l’idée que de jeunes filles ou primipares puissent vivre cela. Je suis triste de voir qu’on est bien seule

17 jours après mon curetage, qui a sonné la fin de ma fausse couche, c’est avec mes larmes que j’écris cela. Il fallait que je l’écrive pour que ces souvenirs, cette blessure sorte de moi.

Il fallait que j’accepte de laisser partir la colère pour être triste et enfin guérir.

“Écoute, l’histoire s’écrit en tournant les pages. Écoute. J’ai pris quelques notes” (Orelsan)

Ce sont mes notes trop tard pour un plus jamais.