« J’adresse cette lettre ouverte tout d’abord à toutes et à tous qui travaillent au service de la santé des femmes… »

« J’adresse cette lettre ouverte tout d’abord à toutes et à tous qui travaillent au service de la santé des femmes… »

« J’adresse cette lettre ouverte tout d’abord à toutes et à tous qui travaillent au service de la santé des femmes… » 1920 1280 IRASF - Institut de Recherche et d’Actions pour la Santé des Femmes

Le mercredi 12 décembre, l’émission La Maison Des Maternelles a fait témoigner Tatiana face caméra.

Le vidéo ci-dessous montre une partie de ce qu’elle a subi.

Ce que cette vidéo ne montre pas, c’est qu’au retour plateau, Benjamin Muller, interroge le Dr A.Pfersdorff, pédiatre, qui, de toute évidence, ne comprend pas ce que sont les violences obstétricales.
Devant une femme à qui on a nié la douleur, qu’on a affaibli, qu’on a abandonné, qu’on a pénétré sans son consentement, qui dénonce une pratique déconseillée par la HAS depuis 2007 à cause de son inefficacité et des conséquences potentiellement graves… Le sacro saint médecin invoque encore cette excuse de l’urgence et met sur la table, avec le journaliste, la souffrance… du corps médical.

De plus, L’IRASF est très choqué par la phrase en commentaire de la video « des pratiques intrusives qu’elle vit comme des agressions ». Si les pratiques sont intrusives….ce n’est pas du vécu. C’est une intrusion : c’est une agression.

Autrement dit : CIRCULEZ Y’A RIEN A VOIR !
(Chez nous, nous appelons ça les « pas-nous pas-nous »)

Au moins, la vidéo qui est largement diffusée ne comporte que le témoignage. Nous espérons qu’il servira à libérer la parole des femmes et à sensibiliser sur le sujet.

Nous vous laissons en juger…

Le Replay complet est ici : VOIR LE REPLAY  (pendant un durée limitée)

La lettre ouverte de Tatiana

J’adresse cette lettre ouverte tout d’abord à toutes et à tous qui travaillent au service de la santé des femmes, qui sont censés assurer le bon déroulement de la naissance de nos enfants. Cette lettre s’adresse également à l’ensemble des femmes qui ont ou qui vont accoucher, pour leur faire part de mon expérience.

Après 18 mois de souffrance, physique et psychique, au bord du suicide à plusieurs reprises, je souhaite rendre public tout ce qu’on m’a fait subir et exprimer ainsi ma colère. Je tente aussi de restaurer deux dignités : la mienne et celle de mon bébé. Je ne suis ni un morceau de viande, ni une fille hyper-émotive.
J’ai le droit de donner naissance à mes enfants dans le respect de mon corps, de ma personnalité et surtout sans être profondément traumatisée et maltraitée.

La parution du « Livre noir de la gynécologie » de Mélanie Déchalotte et la rencontre avec les bénévoles du CIANE m’ont apporté un énorme soulagement. Enfin les bons mots pour décrire ce que je ressens. Et pourtant ce livre a l’air de choquer les gynécologues, les obstétriciens et les sages-femmes.

 

Voici donc mon histoire.

Je suis étrangère en France. Je tombe enceinte. Je suis avec un homme que j’aime et cette grossesse a été vécue comme le moment le plus heureux de toute ma vie. Je fais entièrement confiance au corps médical pour tout. Pourtant, un évènement traumatisant vécu par ma mamie me pousse à trouver une sage-femme libérale en suivi global pour être encore plus sûre que tout se passera bien. Ma mamie a beaucoup souffert pendant son accouchement et a failli perdre son bébé, mon père. En effet la Russie, après la révolution, la guerre civile, les famines à répétitions et la deuxième guerre mondiale, manque d’effectifs dans les hôpitaux. Ma mamie est restée néanmoins reconnaissante à l’équipe médical et à sa sage-femme toute sa vie.

Le mauvais sort ou pas – à vous de voir – j’ai subi la même chose, le manque d’effectifs, et surtout l’abandon. Sauf que je ne suis pas reconnaissante, je suis en colère contre l’équipe médicale et ma sage-femme.

Cette sage-femme, que nous avons trouvée sur internet, s’est présentée comme quelqu’un qui travaille à la maison de naissance proche de chez nous. Lors de mon premier entretien avec elle, elle m’explique qu’elle serait une personne idéale pour moi car je souhaite un accouchement physiologique, allaiter mon bébé et je recherche une relation de confiance avec ma sage-femme – ce qui aide beaucoup dans l’accouchement. Je lui raconte mes histoires familiales traumatisantes. Sa réaction : me faire comprendre que j’ai de la chance d’être en France, que ce sont des choses inimaginables pour elle. Elle nous rassure également sur l’hôpital près de chez nous qui est un très bon endroit pour accoucher. Ok, c’est parti avec elle.

Lors des visites habituelles elle vérifie méticuleusement l’état de santé de mon bébé. Ça me pèse, les échos me font mal, mais je lui obéis.
Au fur et à mesure des cours préparatoires je me rends comptes que je ne partage pas tout à fait sa vision de l’accouchement. Je manque d’expérience pour protester et me défendre plus. Avec le recul ses propos me semblent peu compatibles avec un accouchement physiologique.

Elle me dit même un jour :

« Beaucoup de femmes reviennent me voir pour dire qu’elles ont mal vécu leur accouchement. Alors que selon moi, ça s’est très bien passé ».

Vers la fin de ma grossesse mon projet d’accouchement à la maison de naissance est rejeté par le gynécologue de l’hôpital – au passage d’une façon assez violente et irrespectueuse – car j’ai un « placenta bas inséré ». Ce monsieur est tellement « rassurant » qu’en sortant de la consultation, je me prépare à un scénario catastrophe et j’annonce à mon mari qu’en cas de doute, privilégie la vie de mon fils. Faut-il signer un papier pour ça ?

Ma sage-femme me rassure : c’est un bon technicien, qui prend des bonnes décisions mais parfois un mauvais psychologue. Et que même en plateau technique on trouvera des solutions pour que mon accouchement soit physiologique.

À 39 sa et 6 jours ma poche des eaux s’est fissurée, j’ai des petites pertes. J’appelle ma sage-femme qui me redirige illico à l’hôpital. Nous y arrivons à 23h le 16 juillet 2016. Je suis encore complètement détendue et heureuse, prête à finir en beauté cette grossesse, prête moralement. Je suis en confiance avec mon corps et mon mental.

Après 3 heures d’attente dans la salle de pré-accouchement, la sage-femme de garde nous annonce qu’elle a sept femmes à gérer en même temps. Je suis épuisée, ma seule envie est de dormir, ça commence à m’agacer.

Vers 3 heures du matin elle nous laisse partir « nous reposer » dans une chambre de la maternité, mais je dois encore revenir à six heures (un étage à faire) pour le monitoring. Et elle nous annonce que je serai déclenchée dans la matinée. On m’explique qu’il y a un risque d’infection pour mon petit et que c’est pour ça qu’il faut donc me déclencher.

Ensuite le souvenir d’un conte de fée qui devait bien se terminer s’arrête et je ne vois que des morceaux non digérés du chaos que j’ai vécu. La suite pourra donc paraître un peu décousue.

Dehors c’est la canicule. Nous nous retrouvons dans une pièce où il fait terriblement chaud, nous ne pouvons pas ouvrir la fenêtre et il n’y a pas de clim. Mon mari tente de dormir, allongé par terre, à même le sol. Même par terre il a trop chaud. Et moi, avec ma petite bouillote dans le ventre, je supporte mal la chaleur. Nous n’avons absolument pas dormi, le stress et la fatigue s’installent.

Le 17 juillet, vers 8-9 h, mon mari part à la maison se reposer, et je ne suis toujours pas déclenchée. Il fait un peu plus frais et je commence à m’endormir. Et à ce moment-là dans ma chambre entrent des aides-soignantes pour faire le ménage ou apporter la nourriture, ou encore l’enlever, l’une après l’autre. J’explique à la première et à la deuxième que j’ai besoin de dormir. Je me fiche du ménage et du petit-déjeuner. La troisième se pointe et je craque. Je pars en pleurant en espérant trouver un endroit pour dormir car je suis vraiment épuisée après la nuit blanche et stressante.

Je retourne dans la salle de pré-accouchement climatisée et ouf, je tombe sur une sage-femme gentille qui me laisse dormir. Au total j’ai donc eu deux heures de sommeil. Pour être en forme il m’en faut normalement neuf.

Je tiens à préciser à ce moment de mon récit que le sommeil est un sujet très sensible pour moi, lié au traumatisme subi dans mon passé, et sans sommeil suffisant je me sens vraiment très mal et très fatiguée. Mon corps réagi comme ça, en tout cas. Ma sage-femme en était consciente car j’ai évoqué ce sujet pendant mes rendez-vous ; c’était d’ailleurs mon seul et principal souci pendant les neufs mois de grossesse. Si elle n’a pas compris ça, c’est qu’elle ne m’écoutait pas vraiment. Elle était la seule personne qui m’a suivi.

J’avais toujours peur d’appeler ma sage-femme, pour ne pas la déranger pendant son travail. On avait toujours l’impression de la déranger. Alors pour l’appeler un dimanche il fallait être courageuse. Et là c’est justement dimanche et je tourne en rond dans l’hôpital. Je l’appelle vers 17 heures et elle me conseille de marcher. Toutes les sages-femmes avec qui j’ai discuté après ont été surprises qu’elle ne soit pas venue me voir…

Pour elle c’est l’hôpital qui s’occupe de moi ; et pour l’équipe médicale c’est elle qui doit décider de mon sort… Tout ça pour dire que je suis complètement abandonnée. Je me sens perdue avec tous ces interminables monitorings et changements de perfusion. Il n’y a que ça qui compte, et je ne comprends pas ce qui m’arrive. Il n’y a pas seulement ma poche des eaux qui est fissurée, mon état de zenitude aussi. Où est le consentement libre et éclairé ? Aucune explication sur le mot « déclenchement », aucun choix possible au regard des monitorings interminables, des perfusions. Je subis tout ce qu’on me fait. Mon mari et moi nous faisons confiance aveuglement.

Toujours le 17 juillet, vers 10 h du soir, je commence à ressentir des contractions de plus en plus douloureuses. Ma sage-femme vient vers minuit – je suis restée plus de 24 h à l’hôpital sans elle – et elle me dit :

« vous n’avez pas mal, ce n’est pas possible »

Toutefois sa présence m’apaise et j’ai un peu peur de ne pas bien faire, comme une mauvaise élève. Elle me donne un calmant et retourne chez elle. C’était comme une torture de ressentir les effets de ce calmant et de ne pas pouvoir rester allongée, à cause de la douleur. Dans mon dossier médical elle note : « la patiente est soulagée, elle dort ». C’était complètement faux.

En réalité c’est trop tard pour dormir même si physiquement je suis épuisée car j’ai été privée de sommeil la veille…

La sage-femme de garde, très gentille mais un peu jeune, ne sait pas bien mettre un pansement pour protéger la perfusion avant que j’aille prendre une douche. Moi et mon mari, on commence à paniquer. La sage-femme de garde le voit bien. Elle nous dit d’appeler directement notre sage-femme car c’est à elle de me gérer. Nous nous rendons compte qu’il n’y a aucune communication entre elle et l’hôpital…
Je souffre énormément, je suis en panique. Mon mari, après de nombreuses hésitations, rappelle notre sage-femme à 3 h. Elle revient et m’annonce cette fois-ci que je respire trop fort. Mais elle ne tente pas de m’apprendre la bonne façon de respirer. Elle nous fait quelques remarques sur sa collègue – la sage-femme de garde – et m’annonce que c’est trop tôt pour me donner d’autres médicaments pour me soulager bien que je la supplie de me mettre une péridurale.

Aucune technique, aucune parole apaisante n’a été prodiguée par notre sage-femme pour soulager ma souffrance et réduire ma panique.

Au final, je reçois de la morphine dans la matinée vers 5 h. Ça me shoote, je dors une heure et je suis un peu soulagée. Je suis déclenchée au Syntocinon à 9 h car mes contractions, bien qu’elles soient très douloureuses et toujours présentes, ne sont pas suffisantes.

Avec le recul, mon déclenchement a été vécu comme la pire torture de toute ma vie. Je commence à ressentir les effets de la péridurale seulement vers midi, d’un seul côté d’abord. Pourquoi ont-ils attendu si longtemps pour me mettre la péridurale ? Les sages-femmes m’expliquent que l’anesthésiste finit de mettre la péridurale à une autre femme et après c’est mon tour. J’ai entendu cet homme leur chuchoter pendant ma piqûre « pourquoi vous ne m’avez pas appelé plus tôt ? ».

Peut-être l’ai-je rêvé ? Je ne sais plus. Ma sage-femme a toujours gardé son sang-froid mais pas un seul mot de réconfort pour moi. Elle poursuit la procédure. Je lui fais confiance.

Le travail est long et mon col ne s’ouvre pas rapidement. Si bien que l’on envisage très sérieusement la césarienne. De justesse, après une journée de travail, mon col s’ouvre enfin.

Vers 17 h mon bébé montre des signes de détresse cardiaque. Il faut donc l’extraire au plus vite. Ventouses, forceps, compression abdominale, épisiotomie… mon mari a été horrifié par les images de cette violence physique subi par notre petit et moi.

Le bébé ne respire pas à la naissance.

Ils le sauvent in extremis, le mettent dans une bulle d’air et le garde en surveillance. Pas de peau à peau pour moi. Je ne l’ai vu que quelques minutes avant que l’hélicoptère du SAMU ne l’emmène, seul, au service de néonatologie de la ville la plus proche. Ensuite ils me recousent. Je ne me souviens plus de rien. Au final, mon placenta bas inséré n’aura occasionné aucune complication.

La nuit je reste dans ma chambre, toute seule, mon mari est parti se reposer pour rejoindre le petit dans la matinée. Une femme rentre dans ma chambre, me réveille et me dit que le petit a fait une rechute et doit être refroidit. Elle demande un accord parental pour ça. Je dis « oui, faites ce qu’il faut pour lui », puis elle repart. Je tremble et sanglote car je n’ai rien compris. Je pensais qu’il allait mourir et je ne suis même pas à côté de lui. C’est mon mari qui a rappelé l’hôpital et m’a recontacté ensuite pour m’expliquer un peu plus ce que notre petit allait devoir subir.

Parfois je me réveillais et tout mon corps était secoué par des tremblements. Mes mains et mes jambes ne m’obéissaient pas.

Le lendemain, comme chaque jour passé en maternité après l’accouchement, j’ai été entourée par des sages-femmes ou des soignantes indifférentes et sèches, à de rares exceptions.

Voici quelques moments qui seront à toujours associées dans mon esprit à cet accouchement. Face à mon incapacité à bouger suite à mon épisio (je ne parle même pas de l’état de choc car on ignore toujours le sort du bébé à ce moment-là), une aide-soignante me dit : « vous n’avez pas besoin d’aide pour descendre et prendre le taxi (pour être transférée auprès de mon bébé). Vous n’avez pas eu de césarienne. ». Ensuite, parce que je n’étais pas prête à ce moment-là, je dois annuler le taxi qu’ils m’avaient réservé sans me prévenir. Lorsque je leur demande un nouveau taxi, on me répond : « Non, vous coutez trop cher à la sécurité sociale».
Au final nous recevrons une facture de 150 euros pour mon transfert. J’ai dû payer moi-même le taxi pour rejoindre mon bébé.

Ensuite, après avoir retrouvé mon bébé, j’ai été forcée de rester de longues heures à côté de lui en néonat, le tout accompagné de leçons de moral sur l’importance de veiller son enfant. Ce qui est beau en soi, sauf que je peinais à marcher (deux étages à faire depuis ma chambre) et à rester debout avec mon épisiotomie. Au bout de quelques jours finalement, une puéricultrice gentille m’a proposé un lit dépliant pour m’allonger avec mon fils.

Je me suis battue avec les puéricultrices et sages-femmes qui voulaient gaver mon petit avec du lait artificiel. Tout le monde me donnait plein de conseils culpabilisants et surtout hyper contradictoires. Comme si moi, toute seule, je n’étais pas capable de suivre mon instinct maternel. C’était mon bébé et pas un bébé de l’hôpital ! Le personnel n’a rien fait pour comprendre nos difficultés et l’état de stress dans lequel nous étions mon mari et moi. Ils nous culpabilisaient de ne pas être 24h/ 24 à côté de notre bébé en néonat.

À chaque fois que je craquais les sages-femmes m’expliquaient que j’avais trop de chance de me retrouver à l’hôpital. Il y a des gens qui sont privés de cette possibilité.

Au bout de cinq jours je récupère mon petit bonhomme. On est enfin dans la même chambre, dans le même lit. Je mets une pancarte « Je fais la sieste, merci de ne pas me déranger » sur ma porte. Je ressens pour la première fois un sentiment d’apaisement et de soulagement. À peine installés moi et mon amour, moment si attendu, après tant d’émotions… une aide-soignante force la porte, parle à peine et commence à fouiller dans mes affaires. Elle jette ce qu’elle juge nécessaire à jeter pour libérer de la place pour le bébé. Je lui demande gentiment mais fermement à plusieurs reprises de sortir, elle m’ignore. Je tremble d’agacement, elle m’explique comment je dois m’occuper du petit…

Bref, je m’arrête là, je pourrais continuer encore longtemps. En dix jours j’ai subi toutes ces formes de maltraitance à de nombreuses reprises. A chaque fois je craquais mais le personnel ne comprenait pas ou ne voulait pas comprendre.

Et ma sage-femme ? Elle a pris encore des nouvelles de notre petit par sms ou téléphone tant qu’on ignorait son sort. Nous avons ressenti, à tort ou à raison, que ça sonnait faux, qu’elle s’inquiétait surtout pour elle mais on était heureux que le petit n’ait pas eu de séquelles graves. Après notre sortie de l’hôpital c’était fini, elle est partie tranquillement en vacances. Pendant ses trois semaines de vacances je comptais les jours pour enfin entendre des explications de sa part.

En revenant elle nous a expliqué qu’elle-même et ainsi que toute l’équipe ont été irréprochables et son conseil principal a été de « passer à autre chose maintenant ». Ils ne comprenaient pas pourquoi le petit a eu une détresse cardiaque et respiratoire, et ils allaient envoyer notre dossier aux fichiers des problèmes « inexpliqués ». Quand nous avons abordé à nouveau ce sujet quelques mois plus tard lors d’un rendez-vous à l’hôpital, ils ne savaient même pas de quoi nous parlions…

Ensuite notre sage-femme n’a jamais voulu se déplacer chez nous, ça n’était même pas discutable. Je prenais la voiture pour venir la voir et un jour j’ai failli avoir un accident car je n’allais pas bien du tout dans ma tête et j’avais mal après l’intervention chirurgicale.

J’ai pris énormément sur moi les premiers mois. On était tellement heureux de retrouver notre bébé chez nous. Mais je sentais que quelque-chose n’allait pas. Je pense que je suis restée longtemps dans un état de choc, comme « anesthésiée » pour pouvoir m’occuper de mon garçon.

J’ai mis un mois pour que mon bébé commence à téter. C’était ma plus belle victoire dans ce chaos.

Le sentiment que j’éprouve envers ma sage-femme est celui d’un abandon. Je n’ai jamais entendu ni d’excuses, ni d’encouragements, aucune question sur mon ressenti ou mon état de santé et ça malgré mes plaintes. Elle les a ignorés tout simplement.

J’ai compris beaucoup plus tard, plus d’un an après l’arrachement de mon fils de mon corps, que pour qu’un accouchement se passe bien, le corps doit être le plus détendu possible, pour libérer les hormones ocytocines et réduire ainsi la douleur… J’en étais sûre au neuvième mois mais ma sage-femme s’est ouvertement moquée de moi lorsque je lui en ai parlé. En fait elle ne connait pas ça.

L’obstétricienne qui est intervenue au moment de la poussée et qui m’a suivie juste après a toujours été très gentille, douce et compréhensive avec moi. J’ai toujours senti qu’elle comprenait ce qui s’était passé mais ne voulait pas l’admettre devant moi. Sa phrase « le manque de sommeil n’influence pas un accouchement » a été très blessante pour moi. C’est tellement faux…

Je suis sortie de la maternité psychiquement gravement blessée, avec des cheveux blancs et des rides.

Depuis mon accouchement, mon état de santé s’est considérablement dégradé et je ne vois pas beaucoup d’amélioration depuis 18 mois : insomnies sévères accompagnées de cauchemars, épuisement générale, dépression profonde, idées et pulsions suicidaires, crises de panique. Durant des mois je plongeais chaque nuit dans la reviviscence des tortures subies… J’avais l’impression de trembler jour et nuit.

Tout de suite après l’accouchement j’ai eu de grosses douleurs névralgiques dans le cou qui m’ont donné de fortes migraines et des maux partout dans le dos. Impossible d’oublier la prise de poids, l’eczéma, les troubles digestifs, les spasmes dans la gorge et la tachycardie. Je souffre aussi de troubles de mémoire et de concentration.

Enfin, sur le plan purement matériel, j’ai subi une perte de revenu car je suis autoentrepreneur (donc sans arrêt maladie).

J’ai cherché de l’aide partout. Les premiers mois, dès les premiers signes de détresse, j’ai commencé par appeler la PMI, et la sage-femme que je connaissais. Elle m’a expliqué qu’elle ne peut plus rien faire pour moi, et m’a donné quelques conseils classiques pour mieux dormir.

Je me suis ensuite retournée vers les divers centres médico-psychologiques de ma région, qui ne m’ont pas non plus aidé, pour ceux qui ont accepté de me recevoir. En résumé ce fut un désert, aucune aide publique.

Je ne compte plus le nombre de spécialistes privés que j’ai rencontrés pour essayer de comprendre et chercher de l’aide : sages-femmes libérales, psychiatres, psychologues/psychothérapeutes, médecins généralistes, ostéopathes, somatopathes, médecin-ostéopathes, radiologistes (IRM) et même un magnétiseur… avec finalement bien peu de réussite.

Mon médecin traitant m’a prescrit des médicaments, qui m’ont déréglé encore plus. Il a minimisé tous mes problèmes de santé et a fini par me donner des leçons de moral. Je lui ai envoyé un courrier pour lui expliquer mes souffrances et sa maladresse dans ses remarques déplacées. Je n’ai jamais reçu de réponse de sa part. J’ai perdu un an avec lui et cela a contribué à mon rejet de la médecine. Il m’a déconseillé de faire les examens qui étaient nécessaires pour ma santé.

Ce fut la même chose avec les psychiatres que j’ai rencontrés. Ils n’ont su me donner que des conseils de moral et des médicaments à volonté bien sur…Ils n’ont même pas réussi à détecter mon état de stress post-traumatique. Je l’ai découvert avec d’autres victimes sur le groupe Facebook « Stop à l’impunité des violences obstétricales » ainsi que des techniques pour sortir du traumatisme.

Alors ma confiance en la médecine moderne s’est peu à peu brisée. J’ai maintenant peur de revenir à l’hôpital pour un simple examen. J’ai peur de cette impunité et de cette fierté qui masque les soucis et la vérité. Je me crispe et certains soignants en me voyant dans cet état deviennent agressifs et désagréables.

La maternité, dans ma tête, ressemble à un monstre qui m’empêche d’avoir des enfants. Je voulais en avoir trois. Aurais-je le courage et la santé d’en faire un deuxième ?

On m’a volé mon accouchement. J’ai été dépossédé de mon corps. C’est tellement injuste de m’avoir fait stresser autant et de m’imposer une naissance médicalisée à l’hôpital. Tout ça pour m’abandonner ensuite… ? J’ai trop peur maintenant de revivre la même chose.

Voici ce que je retiens de mon séjour de 10 jours dans deux maternités : abandon, trahison de confiance, torture, humiliation, inhumanité, culpabilisation, dépossessions de mon corps.

Maintenant je me dis : comment restaurer ce manque de confiance ? Quand je repense à la brutalité des gestes lors des échos ou des examens pendant la grossesse, je me dis que je ne veux plus revivre ça. Toute cette armée de techniciens-ennes, à de rares exceptions, font leur travail avec les yeux vides face à la joie ou aux inquiétudes d’une future maman. Pourquoi ont-ils choisi leur métier ? Et pourquoi l’exercent-ils de cette façon ? Manque de temps, trop de pression ? Sentiment de supériorité ?…

 

Tatiana MARTIN, le 3 février 2018.